Étymologie du nom de Jarjayes

par | Avr 10, 2020 | HISTOIRE DE JARJAYES, MÉMOIRE DES LIEUX | 0 commentaires

La plus ancienne apparition du nom de Jarjayes dans sa forme ancienne Gargaia est citée en 928 dans le cartulaire de L’Abbaye de Conques (F. ALLEMAND, BSEHA 1895 p194 ; G. de MANTEYER, BSEHA 1946, p3), et en 1080 dans le Cartulaire de celle de St Victor de Marseille (J. ROMAN, Dictionnaire topographique , 1884).

C’est à la fin du XIXe siècle que les historiens locaux ont commencé à s’intéresser à la petite histoire de notre département.
Joseph ROMAN, historien et archiviste des Hautes-Alpes né le 13 novembre 1840 à Gap relève dans son dictionnaire topographique des Hautes-Alpes (1884) les nombreuses références à l’origine du nom de Jarjayes découvertes dans les archives qui ont fait l’objet de ses recherches :

Roman J. Dictionnaire topographique HA

Jarjayes 3C Joseph Roman Dictionnaire topographique Hautes-Alpes 1883

Mais les premiers à avoir effectué de véritables recherches sur l’étymologie du nom de Jarjayes sont deux historiens des Hautes-Alpes, l’abbé Félix ALLEMAND (1844-1918), dans son Histoire de Jarjayes et François- Napoléon NICOLLET (1853-1930) professeur au grand séminaire de Gap, dans son « Origine des noms géographiques de notre région », deux ouvrages qui ont été publiés à la même époque et repris dans le Bulletin de la Société d’études des Hautes-Alpes dans son édition de 1895.

L’Abbé F. ALLEMAND qui fut curé de Jarjayes à partir de 1893 peut être considéré comme le véritable historien de Jarjayes . Il est en effet l’auteur d’un ouvrage intitulé HISTOIRE DE JARJAYES -(BULL. H.-A., 1895), dans lequel il consacre un paragraphe entier à l’origine du nom. Le voici reproduit ci-dessous dans son intégralité :

« Le nom de Jarjayes se lit dans des actes assez anciens ; exemples : Gargaia, 928, (cart. de Conques) ; Gargaya, 1080, (cart. de St-Victor) ; Gargaia, 1127, (Bibl. nat.); Jarjayes, 1190, (Arch. de Bosc); Jarjayes, 1297, (Arch. de Fis.); Mandamentum de Jarjayà, 1346, (Arch. de l’Is.) ; districtus de Jarjaiis, 1364; (Arch. des Hautes-Alpes), (Dict. top. des Hautes-Alpes, par M. J. Roman). Ce nom, comme celui de Jarjal, à St-Julien-en-Beauchène, de Jarjayette, à la Roche-des-Arnauds, et autres de même forme (1), signifie en langue vulgaire couloir, échancrure, déversoir, et Jarjayes est sans doute ainsi appelé, ou bien à cause de l’étroite échappée du Touron où se trouva le plus ancien village, ou bien à cause de la dépression du terrain, qui existe depuis les cols de la Sentinelle et de Puy-Cervier, et qui doit sa formation, assure-t-on, à un puissant courant des temps diluviens.
(1) On, trouve, près de la Luye, un champ appelé Jarjayes lequel se termine en pente et en creux de chenal. On trouve également un Jarjayes dans la vallée du Noyers (près de Sisteron), et il en existe d’autres ailleurs ; tous ont une configuration à peu près identique. »

La même année, un autre historien local, François-Napoléon NICOLLET (1853-1930) professeur au grand séminaire de Gap de 1893 à 1895 dans son « Origine des noms géographiques de notre région » (Bulletin de la Société d’études des Hautes-Alpes 1895 répond à Félix ALLEMAND dans le paragraphe consacré à l’origine du nom de Jarjayes, faisant valoir sa propre conception de la formation du nom, en opposition à celle de l’Abbé ALLEMAND :

« Du voisinage et du mélange des ligures et des celtes, il se forma un peuple celto-ligure dont la langue composée de mots celtes et ligures devrait, tout naturellement, avoir une grande ressemblance avec celle que parlaient les celtibères d’Espagne.
(…) Tout ce que je viens de dire , démontre suffisamment, ce me semble, l’identité du patois alpin, – quant aux radicaux, du moins,- avec la langue des celto-ligures qui habitaient notre pays avant qu’il passât sous la domination romaine, et qui continuèrent à l’habiter ensuite. N’avais-je donc pas raison de dire qu’il faut chercher l’étymologie des noms géographiques de notre région dans les radicaux propres au dialecte alpin, à la langue indigène ?
C’est dans cette voie qu’est entré, avec juste raison et plein de succès, M. l’abbé Allemand dans l’intéressante monographie de Jarjayes qu’il vient de faire paraître (…).
J’ajouterai, comme venant à l’appui de la thèse de M. l’abbé Allemand et la complétant, les observations suivantes. Le mot patois jarjal (ou jarjaw, suivant les localités) désigne spécialement une rainure pratiquée l’extrémité des douves et dans laquelle s’engage le fond de la cuve ou du tonneau. Il y a une vallée appelée la Jarjate prés de Lus (Drôme) ; il y a un quartier appelé Jarjate à St-Laurent-du-Cros ; il y a un torrent appelé Gargarote dans la commune de La Beaume, il y a un quartier appelé Jarjayes prés Clamensane (Basses-Alpes) ; il y a un Gargas dans le département de Vaucluse, canton d’Apt ; il y a une vallée appelée Gargiane dans les Bouches-du-Rhône (commune d’Aubagne). Enfin c’est à la même racine que se rattache le mot patois gargatiara qui désigne le gosier. Ce radical garg se trouve aussi dans l’espagnol et le portugais garganta (= gorge, gosier ; gorge de montagne, défilé), dans l’italien garg-ozza, garg-ata = gosier, gorge) , dans le picard et l’ancien anglais garg-ate (= gosier,gorge), dans le français garg-ouille et garg-amelle ; c’est de ce radical que Rabelais a tiré le nom de Gargantua, fils de Garg-amelle et de Grandgousier ; enfin ce même radical se trouve dans le grec garg-reon (=gosier), mais il ne se trouve point en latin, car gargarizare est emprunté à la langue grecque et n’est pas plus latin que biftek n’est français. Le sens primitif de ce radical est donc bien celui de gorge, col, passage, couloir. De sa présence dans le grec, l’italien, le français, l’anglais, les patois du nord et du midi de la Gaule, l’espagnol et le portugais, je conclus qu’il appartient à la langue des Aryas, et qu’il a été porté en europe occidentale par les celtes. En tout cas, les langues dont nous venons de parler ne l’ont point emprunté au latin, par cette bonne raison que la plus riche des langues ne peut donner que ce qu’elle a ». (Bulletin de la Société d’études des Hautes-Alpes 1895).

La consultation de WIKIPEDIA nous apprend également que le nom de la localité est également attesté sous les formes Jarjaya en 1190(1), en 1239 et en 1248 (dans les archives de l’Abbaye de Boscodon), Mendamentum de Jarjaya en 1346, del Jerjayis en 1364(1), Jarjaie en 1512(1).
(1) Ernest Nègre –Toponymie générale de la France – Volume 2 – 1996 (ISBN 2600001336).

Enfin, pour terminer, une recherche sur le dictionnaire provençal Le Trésor dou Félbrige, (1878), nous donne comme définitions :
-JARJAI, JARJAL, GERGEL, JARJARIEI (…) : vesce, fausse, vesce des blés (esp. zarzal, lieu couvert de ronces.
-JARJAIO, JARGILHO, JARJALIDO, JARJARIEIES (b. lat gergeria, mauvaise herbe, ivraie), esparcette, vesce fausse, vesce des blés… Confer jarjaio avec le prov. Gargavaio, jarjavalho, mauvaise graine, et le lat. zizania, ivraie.

Cette terminologie linguistique est effectivement évoquée dans l’ouvrage « La montagne de Lure, encyclopédie d’une montagne en Haute-Provence » à propos du Jarjayes situé dans la Vallée du Jabron, aujourd’hui rattaché à la commune de Noyers-sur-Jabron dans les Alpes-de Hautes-Provence qui affirme que « le terme de Jarjaye désigne, en occitan, une terre où poussent des vesces » (Guy Barruol, Claude Martel, Jean-Yves Royer, « Glossaire lié à la topographie et à la toponymie de Lure », in Guy Barruol, André de Reparaz et Jean-Yves Royer, « La montagne de Lure, encyclopédie d’une montagne en Haute-Provence », Forcalquier, Alpes de Lumière, coll. « Les Alpes de Lumière », 2004, (ISBN 2-906162-70-1), no 145-146).

J. Samuel

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